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Vrai ! Sur les dix dernières années, le prix de l'électricité en Europe a toujours été moins élevé sur les marchés non régulés que sur les marchés régulés. Les nouveaux acteurs cherchent en effet à séduire les consommateurs en jouant sur les prix. Au Royaume-Uni, les nouveaux entrants peuvent ainsi proposer des tarifs jusqu'à 15 % moins cher que les opérateurs historiques et détiennent déjà près de 50 % des parts de marché. En France, la concurrence ne va, hélas, pas assez loin, et nous prive de ses bienfaits. Les tarifs réglementés subsistent et bénéficient même plus aux entreprises qu'aux ménages. Une vraie concurrence entre fournisseurs permettrait pourtant, à terme, de faire baisser les prix, mais aussi d'accélérer la diffusion de technologies favorisant d'importantes économies d'énergie et de stimuler l'investissement dans de nouvelles capacités. Il faut donc rapidement supprimer les tarifs réglementés, au moins pour les entreprises (à court terme, la fin des tarifs subventionnés pourrait engendrer un surcoût correspondant à 0,4 point de leur chiffre d'affaires). On ouvrirait ainsi vraiment deux tiers de la consommation nationale à la concurrence. Pourquoi attendre ?

Source : Le Figaro Magazine

Le conseil des ministres européens se réunit, vendredi 6 juin, pour définir une orientation générale sur le marché intérieur de l'énergie. Longtemps réticente, la France ne peut plus reculer devant la création de ce marché. Elle peut même en devenir le moteur. Certes, les Français observent avec incrédulité l'ouverture du secteur de l'électricité à la concurrence.
Cette évolution leur paraît absurde : depuis toujours, à leurs yeux, l'électricité relève du monopole public et la geste des "trente glorieuses" est associée aux techniciens dévoués au service public, aux ingénieurs orchestrant les investissements nécessaires pour équiper le pays, au lancement visionnaire du programme nucléaire dans les années 1970. Pour l'immense majorité de la population et des élus, électricité rime avec gestion centralisée et planification à long terme. Il est donc temps de rappeler, chiffres à l'appui, pourquoi l'ouverture du marché de l'électricité est souhaitable.
La concurrence favorise l'investissement, et nous en avons, en Europe, désespérément besoin. Une partie non négligeable de notre capacité de production est vieillissante. La remplacer par des équipements moins polluants représente un effort d'investissement colossal, de l'ordre de 700 à 1 000 milliards d'euros sur les vingt ans à venir. Les opérateurs publics ne pourront en aucun cas le faire seuls. Or l'expérience internationale l'a montré : l'ouverture du marché de l'électricité pousse les opérateurs à investir lorsque la capacité est trop peu importante. Cela a par exemple été le cas au Royaume-Uni, où la déréglementation a donné lieu, en moins de dix ans, à une augmentation de 20 % de la capacité de production. Cette logique est à l'oeuvre en France, où, sur 14 gigawatts d'investissements planifiés à l'été 2007, 9 étaient portés par les nouveaux entrants. La concurrence dans le secteur de l'électricité sera donc le garant de notre sécurité d'approvisionnement.
RÉVOLUTIONS TECHNOLOGIQUES
La concurrence favorise par ailleurs l'innovation, car les nouveaux entrants veulent battre l'opérateur historique sur son terrain, et partent de zéro. Pour eux, mettre en place et commercialiser un produit innovant est plus simple que pour les grandes structures en place : il n'y a pas de vieilles habitudes à changer, pas d'équipes à réorganiser, pas de contraintes salariales pour embaucher des collaborateurs talentueux. Et l'électricité est un secteur en attente de nombreuses révolutions technologiques : les réseaux et compteurs intelligents, le charbon "propre", le nucléaire de quatrième génération, la capture du CO2, etc. Ces innovations se développeront d'autant plus vite que la concurrence sera forte et font de l'électricité un secteur d'avenir dans lequel notre pays dispose, avec le nucléaire, d'un avantage comparatif important.
La concurrence est enfin le meilleur moyen de garantir, à moyen terme, des prix modérés. L'affirmation est assez controversée pour qu'on s'y attarde : rappelons que la concurrence ne fait pas baisser les prix de vente, mais l'écart entre prix de vente et coût de production. Si le coût du pétrole ou de l'uranium venait à augmenter davantage, la facture électrique ne pourrait que croître, concurrence ou non.
Mais la concurrence garantit que l'augmentation sera plus faible qu'en situation de monopole public. Il ne s'agit pas d'un acte de foi, mais d'un fait confirmé : au Royaume-Uni, faire jouer la concurrence a permis de réduire d'environ 15 % la facture électrique. De même, le marché scandinave, l'un des plus concurrentiels au monde (aucun opérateur ne sert plus de 30 % de la demande), est aussi l'un des plus compétitifs. Les prix sont bas... bien qu'ils y soient (ou plutôt parce qu'ils sont) fixés par le libre jeu de la concurrence !
Aujourd'hui, parce que les pouvoirs publics s'en méfient, la concurrence en France étouffe. Les tarifs de détail, imposés par Bercy, sont loin de refléter le rapport entre l'offre et la demande. La défense du statu quo tient en réalité de la tartufferie : les ménages ne bénéficient que très peu des tarifs réglementés. L'essentiel du "cadeau" de l'électricité peu chère est fait aux grosses et moyennes entreprises, qui consomment beaucoup à des tarifs très préférentiels, alors que la concurrence vise à réorienter ces avantages tarifaires vers les ménages. Il faut donc rompre avec l'immobilisme actuel, cette politique à courte vue qui limite l'innovation et l'investissement, et encourager la concurrence. La sécurité d'approvisionnement, la lutte contre le changement climatique ainsi que le pouvoir d'achat des ménages sont à ce prix.

Source : Le Monde