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Le conseil de British Energy a fait savoir qu'il avait reçu plusieurs offres dont certaines valorisant le producteur nucléaire près de 11 milliards de livres. Le tandem RWE-Iberdrola chercherait à contester à EDF sa proie britannique.

Si EDF tient toujours la corde pour l'acquisition de British Energy, il n'est plus seul en course. L'opérateur nucléaire britannique a fait savoir vendredi qu'il avait reçu « une série de propositions de plusieurs parties désireuses de déposer une offre sur la totalité du groupe ». Et de préciser : « Ceci inclut des propositions à des prix supérieurs à la clôture de la Bourse de Londres du jeudi 15 mai », soit 680 pence par action. En tenant compte des droits du gouvernement britannique, convertibles en actions, cela signifie que certaines offres valorisent British Energy à près de 11 milliards de livres (13,8 milliards d'euros). « Le conseil d'administration insiste sur le fait que chacune de ces propositions nécessite d'être développée et que le processus dès lors est susceptible de durer plusieurs semaines », conclut le groupe, qui cherche à se vendre au plus offrant.

EDF avait été le seul à remettre une offre avant la date limite du 9 mai, qui avait été fixée par Rothschild, le conseil de British Energy. Mais deux autres candidatures se seraient manifestées depuis. Selon la presse britannique, un consortium réunissant l'allemand RWE et l'espagnol Iberdrola aurait fini par émerger. L'identité du troisième prétendant reste plus floue. Le « Times » croit savoir qu'il s'agit de Suez. Mais un porte-parole du groupe français a démenti avoir déposé une offre. En plein processus de fusion avec Gaz de France, Suez n'aurait aucune envie de se lancer dans une opération de croissance externe. En revanche, le propriétaire d'Electrabel est forcément impliqué, si ce n'est pour acheter British Energy, au moins pour viser des coopérations, afin de participer à la relance du nucléaire britannique. L'allemand E.ON apparaît également dans cette catégorie d'acteurs en embuscade.

Un dossier très flou

Autre groupe, enfin, suspecté d'avoir déposé une offre, le britannique Centrica. Le gazier britannique souffre de son insuffisante intégration verticale et rêve d'ajouter la corde nucléaire à son arc. Mais il n'a ni la puissance financière ni la compétence technique pour s'imposer. D'aucuns estiment que l'ex-British Gas, toutefois, a pu déposer une offre en titres.

Compte tenu du flou entretenu sur ce dossier, il y a fort à parier que les offres elles-mêmes sont d'une grande complexité, ne faisant pas ressortir un seul prix mais divers scénarios, articulés autour de conditions préalables. La prise en charge du parc vieillissant de centrales de British Energy représente un risque opérationnel élevé et les grands énergéticiens européens voudront s'assurer que le jeu en vaut vraiment la chandelle. En particulier, l'enjeu majeur pour les EDF et autres RWE reste l'accès aux sites possédés par British Energy. Le gouvernement britannique, partie prenante dans le dossier au travers de sa participation de 35 % dans l'opérateur et de son rôle de régulateur, a laissé entendre qu'il demanderait au futur repreneur de céder au moins deux des huit sites appartenant au groupe écossais. Les prétendants voudront s'assurer, par avance, de conserver leurs sites préférés, comme Sizewell et Hinkley pour EDF.

Les analystes financiers estiment qu'un « bon prix » de British Energy se situe entre 650 pence et 700 pence. Après l'annonce du groupe vendredi, le cours de British Energy a terminé la séance londonienne en forte hausse de 5,22 %, à 715,50 pence. Même si la perspective d'une bataille boursière autour de British Energy augmente, Lakis Athanasiou, chez Evolution, estime cette probabilité à seulement 20 %, contre 50 % pour une seule offre et 30 % pour le statu quo.

Source : Les Echos